4.7 Perspectives pour le Groupe BPCE

Les prévisions économiques sont devenues plus pessimistes à mesure que les tensions inflationnistes et les contraintes d’offre ont pesé sur l’activité mondiale et européenne. La récession, qui pourrait être amplifiée par une éventuelle crise financière, toucherait un tiers de l’économie mondiale selon le FMI. Une stagnation quasi-récessive de l’économie est désormais considérée comme inévitable en 2023 de part et d’autre de l’Atlantique, voire imminente dans la zone euro, même si elle ne devait être que technique et temporaire, à défaut de nécessaire, afin de casser la dérive des prix. Le virage monétaire, que la Fed a amorcé de manière plus agressive que la BCE, va d’ailleurs dans ce sens. L’ampleur des déséquilibres à résorber (décalage entre l’offre et la demande, mécanique inflationniste, endettement excessif), combinée à de nombreux risques mondiaux superposés, peut toujours faire basculer les économies développées dans une spirale dépressive. Ces menaces conjointes sont surtout les suivantes : les incertitudes géopolitiques et sanitaires (guerre en Ukraine, tension accrue entre Taïwan et la Chine, remise en cause effective de la politique zéro-Covid en Chine) ; le développement de tendances protectionnistes notamment américaines, à l’exemple de l’Inflation Réduction Act (IRA) ; les délais d’impacts négatifs sur l’activité des resserrements monétaires successifs et des moindres soutiens budgétaires ; les renégociations décalées des contrats, singulièrement sur le gaz naturel et l’électricité en zone euro.

Néanmoins, il ne semble pas qu’une récession sévère soit le scénario le plus probable. Cet essoufflement a en effet déjà induit une détente des contraintes d’offre et le recul des prix du pétrole depuis la mi-2022 et des prix du gaz et de l’électricité à leur niveau d’avant conflit, outre l’effet d’un hiver doux et de la reconstitution des stocks de gaz en Europe. Cela tend à atténuer les hausses de prix, liées outre-Atlantique à une demande soutenue et à un marché du travail en forte tension, alors qu’en Europe, elles sont en grande partie importées, du fait du choc énergétique, les alternatives à l’approvisionnement russe étant plus coûteuses.

En 2023, la dynamique économique américaine serait freinée par la poursuite d’un resserrement monétaire assez marqué et par une politique budgétaire plutôt restrictive, au risque de provoquer une récession en cas de réaction trop importante. En Chine, la croissance pourrait se situer encore en deçà des objectifs gouvernementaux, même si l’allègement des contraintes sanitaires permettait probablement un rebond plus ou moins fort de l’activité dès le deuxième trimestre. La zone euro, la plus fortement touchée par les conséquences du conflit, pourrait se diriger vers une situation quasi-récessive, du fait de l’érosion par l’inflation du pouvoir d’achat des ménages et des marges des entreprises.

Le ralentissement assez net de l’activité dans plusieurs pays pourrait inciter les Banques centrales de part et d’autre de l’Atlantique à tempérer le processus de normalisation monétaire d’ici fin 2023. Cependant, les taux d’intérêt à court terme sont encore très inférieurs à la hausse des prix, notamment à l’inflation sous-jacente (prix hors alimentation et énergie), la politique monétaire conservant ainsi un caractère accommodant, tant aux États-Unis que surtout en Europe. La Fed prolongerait le mouvement vigoureux de rehaussement de ses taux directeurs mais par paliers plus modérés de hausse. Fin 2023, selon ses propres projections, la Fed fixerait le taux des fonds fédéraux un peu au-delà de 5 %. Le processus de réduction de la taille de son bilan serait également poursuivi. Même si la hausse des prix dans la zone euro a pour origine un choc d’offre, le risque de dépréciation de l’euro pousserait la BCE à continuer de suivre la dynamique de normalisation monétaire américaine, avec a priori quatre nouvelles hausses de ses taux directeurs et le début d’un processus de réduction de l’afflux de liquidités sur les marchés obligataires. Après l’accroissement de 250 points de base effectuée en 2022, elle augmenterait encore ses taux directeurs d’au moins 100 points de base, peut-être par plusieurs paliers de 25 points de base, pour propulser le taux de refinancement vers 3,5 % à la fin du 1er semestre, tout en les maintenant ensuite à ce niveau durant l’année.

Le resserrement monétaire et la réduction progressive du bilan des Banques centrales tireraient d’autant plus les taux longs souverains à la hausse que la substitution des importations de matières premières de Russie par d’autres sources beaucoup plus coûteuses, la mise en œuvre progressive de la transition énergétique et l’arrêt des avantages comparatifs liés à la globalisation mondiale ont commencé à inverser le mécanisme déflationniste des vingt dernières années. Cependant, le net ralentissement de l’économie et de l’inflation en 2023 devrait peser sur toute velléité de hausse supplémentaire et trop importante des taux longs, au-delà d’une vraisemblable volatilité. L’OAT 10 ans serait en moyenne annuelle autour de 3 % en 2023, contre 1,7 % en 2022.

L’environnement économique français, à l’instar des autres pays développés, apparaît dorénavant s’engager dans une mécanique de stagflation, caractérisée conjointement par beaucoup moins de croissance, un régime d’inflation durablement plus élevée et la remontée induite des taux d’intérêt. La croissance française pâtirait probablement plus amplement qu’en 2022 de l’impact de la crise énergétique sur les revenus des ménages et sur les comptes de résultat des entreprises, du fait des modifications du bouclier tarifaire et de la renégociation en année pleine des contrats. L’activité stagnerait en 2023, voire serait en contraction modérée, du fait d’un acquis de croissance très défavorable en début d’année. Plusieurs raisons l’expliqueraient, en dépit de l’atténuation des contraintes sur les approvisionnements : l’essoufflement de la demande, provoqué par le prélèvement inflationniste sur le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises ; la détérioration des termes de l’échange, avec des cours encore hauts des matières premières par rapport à 2020-2021, pénalisant profondément la compétitivité industrielle ; l’effet toujours retardé du resserrement des conditions monétaires ; le moindre soutien budgétaire, avec la fin des politiques du « quoi qu’il en coûte » ; l’érosion des marges des entreprises ; le maintien d’un comportement plus ou moins marqué d’épargne renforcée de précaution, pour éviter l’érosion des encaisses réelles par la dérive des prix. L’inflation, après avoir atteint un pic en début d’année et bien qu’en repli tout au long de l’année, serait élevée, autour de 4,8 % en moyenne annuelle, après 5,2 % en 2022. Sa diminution progressive s’expliquerait par la dégradation économique et surtout par des effets favorables de base, ceux-ci étant liés à l’affaissement des prix énergétiques au regard de leur flambée antérieure l’année dernière. Le pouvoir d’achat demeurerait légèrement négatif, comme en 2022, dans un contexte de hausse modérée du taux de chômage (7,5 %) et de progression des salaires restant inférieure à la hausse des prix. De plus, le relèvement de 15 % début 2023 des prix du gaz et de l’électricité dans le cadre du bouclier énergétique représenterait déjà un prélèvement de l’ordre de 0,5 % sur le pouvoir d’achat du revenu des ménages, avant sans doute d’autres hausses. Un ré-arbitrage vers davantage de salaires et moins d’emplois devrait se produire, comme si le retard pris par l’accélération des rémunérations sur l’inflation trouvait désormais une compensation sur la vigueur antérieure des créations d’emploi au regard du niveau d’activité.

En 2023, le groupe va poursuivre la mise en œuvre de son plan stratégique BPCE 2024, avec trois priorités :

1)

la conquête, en particulier sur deux domaines à enjeux sociétaux, la transition environnementale et la santé, ainsi que sur l’assurance non-vie et la prévoyance, le crédit à la consommation et la clientèle des entreprises de taille intermédiaire, tout en poursuivant le développement international des métiers globaux de la gestion d’actifs et de banque de grande clientèle ; le développement en Europe des métiers de financement spécialisés devrait également se poursuivre en fonction des opportunités ;

2)

la satisfaction des clients en banque de proximité, en s’appuyant sur son modèle relationnel, les parcours omnicanaux, les solutions personnalisées et les données utiles ;

3)

le climat, en alignant les portefeuilles de financement sur une trajectoire « net zero », en accompagnant les clients dans leur transition environnementale, en poursuivant sa stratégie de refinancement durable, et en réduisant son empreinte environnementale ;

en s’appuyant sur trois lignes de force : la simplification de son organisation et de ses systèmes d’information, l’innovation ainsi que sa solidité financière et technologique.

Le groupe maintiendra le cap pour atteindre ses objectifs à horizon 2024, en développant son modèle de banque coopérative universelle, ses expertises, son ancrage territorial et sa proximité avec ses clients, ses marques fortes et reconnues et sa stratégie digitale intégrée dans les métiers.

Toutefois, l’environnement reste plus que jamais incertain sur les plans économiques, géopolitiques et sanitaires et certains objectifs du groupe, notamment en termes de revenus additionnels, restent soumis à des aléas. Après la crise sanitaire covid-19 puis une année 2022 marquée par la guerre en Ukraine, des ruptures dans les chaines d’approvisionnement, une crise énergétique en Europe et un retour de l’inflation à des niveaux jamais atteints depuis plusieurs décennies, de fortes incertitudes pèsent sur les perspectives de croissance mondiale pour 2023.

Malgré les hausses de taux successives des banques centrales en 2022, les politiques monétaires restrictives pourraient se poursuivre pour lutter contre une inflation persistante, alors que des incertitudes fortes pèsent sur l’évolution de la guerre en Ukraine et que d’éventuelles nouvelles perturbations sur l’offre liées à la pandémie pourraient survenir, en Chine par exemple.

Dans ce contexte, la remontée rapide des taux pourrait renchérir le coût de refinancement de la banque de détail alors que la majeure partie des financements sont à taux fixe. La hausse de la marge nette d’intérêt ne se concrétisera que progressivement, au fur et à mesure de la rotation du bilan. Malgré le contexte inflationniste, le groupe BPCE, à l’instar de la profession bancaire, appliquera en 2023 une politique de modération forte de ses tarifs.

Le métier Assurance non vie reste exposé à une hausse du coût des sinistres, notamment automobiles et climatiques après une année 2022 exceptionnelle pour ces derniers, alors que l’assurance vie devrait bénéficier de la hausse de taux, pour les fonds euros, avec toutefois une volatilité des marchés qui pourrait peser sur les valeurs d’actif.

Certains métiers du pôle Solutions et Expertises Financières restent exposés au ralentissement du marché immobilier (financement des professionnels de l’immobilier, cautions) et du crédit à la consommation, alors que d’autres pourraient bénéficier d’impacts potentiellement positifs, comme l’affacturage, après l’arrêt des prêts garantis par l’État.

Pour la Banque de grande clientèle, le contexte de forte volatilité des marchés (taux, devises, matières premières) devrait engendrer une hausse des besoins de couverture des clients.

Les activités de gestion d’actifs restent exposées à l’effet marché sur toutes les classes d’actifs, avec des arbitrages entre classes d’actifs au gré de la remontée des taux.

Le groupe met tout en œuvre pour atteindre les objectifs de son plan stratégique, notamment dans la conquête commerciale dans tous ses métiers.

Le Groupe BPCE, n'ayant aucun instrument de rang Additional Tier 1 (AT1) émis par une entité du Groupe à ses bornes, n'est pas concerné directement par la volatilité affectant les instruments financiers de certains groupes bancaires suite aux décisions des autorités suisses conduisant à une absorption des pertes de Credit Suisse par le biais d'une dépréciation en totalité des instruments de rang AT1. Le Groupe BPCE ne détient d’ailleurs pas d’expositions directes significatives sous forme d’instruments de rang AT1 ou sous une autre forme en lien avec la crise traversée par la banque suisse précitée.

D’autre part, le Groupe BPCE n’a pas d’expositions directes significatives sur les banques régionales américaines ayant été placées récemment sous contrôle de l’administration américaine.